Enfermer, expulser, bannir PDF Imprimer Envoyer

Les CRA (centres de rétention administrative, dans le jargon officiel) ne dépendent pas de l'administration pénitentiaire mais sont gérés par le Ministère de l’Intérieur. Ils ont été créés en 1981, en réponse au scandale provoqué par la découverte, à Marseille, d’une ‘prison clandestine’ où étaient enfermés des immigrés en instance d’expulsion. A l’époque, la rétention était présentée comme une mesure exceptionnelle, ne pouvant dépasser une semaine.

Cet été, la loi Besson (ministre naguère en charge de l‘Identité Nationale’) est entrée en vigueur. Cinquième loi sur l’immigration depuis 2004, elle aggrave encore la situation des internés du CRA.


Ils peuvent être internés QUARANTE-CINQ jours (NB : les cas d’étrangers ayant fait  plusieurs séjours en CRA sont fréquents, avec un record de 23 séjours …)

Les Préfectures ont désormais CINQ JOURS pour agir avant qu’un juge des libertés et de la détention (JLD) ne puisse vérifier la légalité de la rétention et/ou de l’expulsion de l’étranger

L’expulsion de MALADES GRAVES est facilitée sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

Au ministère de l’Intérieur, l’expulsion des sans-papiers est une priorité majeure et l’enfermement une forme banale de gestion. Après s’être fixé un «objectif historique» de 30 000 expulsions d’étrangers en 2011, Claude Guéant annonce un "plan...qui vise à exercer ce qu'il faut bien appeler des pressions sur un groupe de pays (NB : africains) ...proches de nous politiquement" coupables de ne pas délivrer assez de laissez-passer consulaires nécessaires à l’expulsion de leurs ressortissants. La Françafrique n’est pas morte!

Inauguré cet été, le CRA du Mesnil-Amelot (240 personnes), loin de tout transport en commun et soigneusement choisi pour empêcher la visite des familles est ce qu’il faut bien appeler un camp d’internement pour étrangers. Pour contourner la règle qui limite les places à 140, l’administration entoure deux centres distincts… des mêmes barbelés. Ce camp, qui enferme des mineurs (40 places réservées pour les familles avec enfants… inaugurées par une mère de famille géorgienne et ses trois enfants de 5, 2 et 1 ans, tous nés en France) ouvre aussi la porte à une justice d’exception : les étrangers pourront être jugés en-dehors d’un tribunal, dans une salle située à l’intérieur du centre.


Enfin, selon une conception très particulière de l’Etat de droit, des dispositions qui protègent encore les retenus dans l’Hexagone ne s’appliquent pas en Guadeloupe, Guyane, Nouvelle-Calédonie ou à Mayotte. L’Etat français prend moins de gants dans ces territoires, où les expulsions sont exécutées sans désemparer, aussi nombreuses que pour toute la Métropole. On peut y vérifier tous les jours ce que seraient l’enfermement des étrangers sans les organisations solidaires des sans papiers.

Mais qui sont les internés de Palaiseau ?

A l’Observatoire, nous voyons bien les conséquences de cette logique infernale d’enfermement : depuis quelques semaines, le CRA est plein comme jamais, l'aide aux retenus (France Terre d’Asile, pour Palaiseau) est débordée, des gens arrêtés le vendredi soir restent 48 heures sans être réellement informés de leur droit, perdant ainsi toute possibilité de faire appel de leur enfermement. Les familles attendent leur tour de visite dans la rue et la tension monte dans un lieu où les retenus n’ont qu’un babyfoot pour oublier la séparation de leurs proches et l’angoisse de l’expulsion.


Ces gens qu’on enferme et qu’on expulse en notre nom, leur seul  crime est de ne pas avoir tous leurs papiers en règle. Beaucoup ont renoncé à une vaine demande de renouvellement de leur titre de séjour, et sont inexorablement rejetés dans la clandestinité. Ils habitent souvent depuis des années ici, y ont une famille, des enfants scolarisés, un logement, un travail, payent des taxes et des cotisations sociales comme vous et moi. Quelques un ont fait de la prison, parce que se soustraire à une mesure d’éloignement peut être puni comme un délit, ou pour les raisons qu’engendre trop souvent la clandestinité forcée. Ils seront soumis à la cruelle double-peine du bannissement.

Certains seront relâchés parce que des juges auront su reconnaître leurs droits, parce des centaines de voisins ou de parents d’élèves auront signé des pétitions pour demander leur libération, parce que Réseau Education sans frontières, la Cimade, la Ligue des Droits de l’Homme les auront aidés… ou que des passagers courageux se seront opposés à leur expulsion dans les avions d’Air France. Grâce à ces actes de justice et de solidarité, la machine à expulser ne fonctionne pas comme le souhaiterait un gouvernement qui ne ménage pourtant pas ses efforts, car on n’expulse pas 30 000 personnes sans mobiliser des forces policières importantes.

Il arrive aussi (pour l’honneur de certains consulats) que même des pays ‘proches de nous politiquement’ (comme dit le Ministre de l’Intérieur) rechignent à délivrer les documents nécessaires à une expulsion. Après 45 jours passés au CRA dans l’angoisse de l’expulsion, ils seront donc remis à la rue, rejetés désormais dans une clandestinité, la peur au ventre, mais aussi avec l’espoir de faire enfin reconnaître leurs droits, d’obtenir cette régularisation qui  leur permettra de prendre le métro normalement, d’aller chercher leurs enfants à l’école, de ne pas craindre la délation de leurs voisins.

Et puis il y a les autres… qu’on vient chercher le matin pour les mettre brutalement dans un avion d’Air France, vers un pays qu’ils ont parfois quitté dès leur enfance, dont ils ne connaissent presque plus rien. Ils sont sur nos chantiers, ils cuisinent ou font la plonge dans le restaurant d’à côté, ils sont le petit vendeur à la sauvette, le musicien du métro.

La France : un vieux pays enrichi par des êtres humains venus du monde entier.

La défense de leurs droits est aussi  celle de nos droits.

Nous sommes solidaires des  internés de Palaiseau.

 

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